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Moussa  SAIB

Né le 6 mars 1969 à Theniet (Algérie)

Taille : 1,78 m Poids : 75 kg

Poste : Milieu

International A - Algérie

1er match en D1 : 30 octobre 1992, Valenciennes-Auxerre : 3-3

1er but en D1 : 10 avril 1993, Auxerre-Valenciennes : 3-2 (86ème)

       Milieu de terrain de l'équipe d'Algérie, Moussa SAIB possède une belle maîtrise technique qu'il a mis à la disposition du collectif auxerrois. Son association, avec Corentin MARTINS a été une belle réussite. Il a été de toutes les campagnes du début des années 90, avec en particulier deux victoire en Coupe de France en 1994 et 1996 ainsi que le titre de Champion de France en 1996.
       Fort de ces succès il a quitté l'AJA pour y revenir en 2000 alors que l'équipe était dirigée par Daniel Roland. Son retour pour renforcer un groupe en difficulté n'a pas été une grande réussite.

Clubs successifs - Joueur

Saisons

Clubs

1981 - 1987

Theniet el-Had (Algérie)

1987 - 1989

JMS Tiaret (Algérie)

1989 - 1992

JS Kabylie (Algérie)

1992 - 1997

Auxerre (D1)

1997 - Mars 1998

Valence (Espagne)

Mars 1998 - Déc. 1999

Tottenham Hotspur (Angleterre)

Déc. 1999 - Oct. 2000

Al-Nasr (Arabie Saoudite)

Oct. 2000 - 2001

Auxerre (D1)

2001 - Déc. 2001 Monaco (D1)
Janv. 2002 - 2002 Lorient (D1)
2002 - Nov. 2002 Dubaï Cultural club (Emirats Arabes Unis)
Nov. 2002 - Déc. 2002 Al Ahly Dubaï (Emirats Arabes Unis)
Janv. 2003 - 2004 JS Kabylie (Algérie)
- Entraîneur
Déc. 2005 - Noisy-le-Sec (CFA)
Palmarès - Joueur

1990

Vaiqueur de la CAN (Algérie)

1990

Champion d'Algérie (JS Kabylie - Algérie)

1990

Vainqueur de la Coupe d'Afrique des clubs Champions (JS Kabylie -Algérie)

1991

Vainqueur de la Coupe des nations Afro-Asiatique

1992

Vainqueur de la Coupe d'Algérie (JS Kabylie - Algérie)

1994

Vainqueur de la Coupe de France (Auxerre)

1996 Vainqueur de la Coupe de France (Auxerre)
1996 Champion de France de Division 1 (Auxerre)
2004 Champion d'Algérie (JS Kabylie - Algérie)
Bilan auxerrois
 

nb de matchs

nb de buts

Division 1

150

23

C. de France

20

3

C. de la Ligue 1 -

C. d'Europe (*)

20

2

(*) Total : C1+C2+C3
Clubs successifs - Entraîneur

Saisons

Clubs

2004 - Fév. 2005

JS Kabylie (Algérie)
Photos

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Article
Article paru dans Onze Mondial de Janvier 1997 :

Interview : Moussa SAIB

Moussa, tu viens de vivre, avec Auxerre, une année 1996 extraordinaire…
      
Le groupe a vécu des moments épatants, avec le titre, la victoire en Coupe de France et, pour finir, notre parcours victorieux en Champions League. Mais le souvenir le plus fort, pour moi, demeure l’ambiance qui a régné au sein du groupe. C’est une aventure que nous avons vécue tous ensemble. Solidaires. Personne n’a tiré la couverture à lui. En plus, nous sommes des pionniers puisque jamais le club n’avait obtenu de tels résultats. Nous sommes à tout jamais dans le livre d’or du club.

Avec, en conclusion, la superbe qualification pour les quarts de finale de la Champions League !
      
Nous avons réalisé un très bel exploit en nous qualifiant, grâce à nos deux dernières victoires, à Amsterdam puis contre les Rangers, à l’Abbé-Deschamps. On l’a fait à l’arraché mais c’est encore plus beau de cette façon. La victoire contre l’Ajax reste la référence. C’est le match qui nous a donné le plus de force.

Avant le match, sentais-tu que vous pouviez gagner ?
      
J’avais une intuition. Nous connaissions l’Ajax puisque nous avions perdu contre eux, lors de la première rencontre. Les Hollandais ne nous semblaient pas supérieurs. Nous avons joué notre chance à fond. Et cela nous a souri. Au départ de l’épreuve, nous étions le "petit" Auxerre. Au bout du compte, nous terminons en tête…

Auxerre a su, une fois de plus, parfaitement assumer son rôle d’outsider ?
      
Nous savons nous montrer réalistes. En football, il ne faut jamais s’enflammer trop vite. Au départ, nos chances de qualification étaient minimes, mais nous les avons exploitées au maximum. Sans trop nous poser de questions. C’est aussi la force d’Auxerre !

Quel est ton avis sur votre prochain adversaire européen, le Borussia Dortmund ?
      
Cette équipe sera plus forte que celle de 1993, lorsque nous l’avons affrontée. Les Allemands ont aujourd’hui beaucoup plus de maturité. Ils ont, en plus, récupéré des joueurs qui ont vécu une expérience en Italie, comme Möller ou Sammer. A notre image, Dortmund tire surtout sa force de son collectif. Le Borussia est très dangereux sur le plan offensif. N’ont-ils pas terminé avec le meilleur total de buts inscrits sur l’ensemble de la Champions League (Ndlr : avec 14 buts) ? Notre défense, mais aussi toute l’équipe auxerroise, devra se montrer vigilante.

Tu restes quand même confiant…
      
Bien sûr. Face au Borussia, c’est du 50-50. De toute façon, on prend les matches comme ils viennent… Mais nous reparlerons d’Europe au mois de mars. Auparavant, récupérons tous nos joueurs et concentrons-nous sur le Championnat. Le véritable objectif du club est de terminer européen à la fin de la saison.

Justement, avec toutes les blessures qui n’ont pas épargné l’AJA, ces dernières semaines, n’avais-tu pas un doute sur les capacités du club à s’en sortir ?
      
C’est délicat pour l’entraîneur de ne jamais disposer de la même équipe, d’un match à l’autre. Heureusement pour nous, l’effectif auxerrois est riche en éléments de valeur, même parmi les jeunes. Ceux-ci ont su répondre présent. Dans ce sport, on a besoin de toutes les bonnes volontés. Je ne suis pas certain que d’autres clubs en France auraient pu réussir la même performance dans ces conditions. Maintenant, j’espère que tous nos blessés vont revenir le plus vite possible, après la trêve.

Selon toi, y a-t-il une explication à cette série de blessures qui vient d’handicaper l’AJA ?
      
Physiquement, plus le niveau est élevé, plus nous sommes sous la menace d’un mauvais coup. Il y a beaucoup d’engagement et de contacts. A cause de la fatigue, de la répétition des matches…, on paie cash la moindre blessure…

Et sur le plan personnel, tu n’as pas été épargné !
      
La preuve (il montre son poignet gauche plâtré). Actuellement, je souffre d’une fracture du scaphoïde, depuis le match contre Paris. Et avant le déplacement à Glasgow, j’avais un hématome au pied. Je n’arrivais même pas à enfiler une chaussure… Pour l’instant, ce sont des petits bobos. Lors des matches, je serre les dents et repars au combat. J’espère revenir en janvier tout beau, tout neuf !

Est-ce difficile d’assumer le rôle de champion pour un club comme Auxerre ?
      
C’est toujours délicat de repartir de zéro lorsqu’on vient de réussir le doublé. Tout le monde nous attend au tournant. Il faut se remotiver. Là, pour le coup, nous ne sommes plus des outsiders mais l’une des équipes à battre, au même titre que le PSG ou Monaco. C’est toujours un accomplissement de terrasser le champion de France. Les autres clubs jouent l’un des sommets de la saison face à nous. Cela fait partie du jeu… Auxerre a souvent été dans cette position du petit qui mangeait le gros.

Penses-tu qu’Auxerre peut conserver son titre ?
      
Le championnat est encore long. Au classement, nous sommes à dix points de Monaco. L’année dernière, nous étions à peu près dans la même situation par rapport au PSG. Alors…

Personnellement, as-tu l’impression que tous ces matches à répétition nuisent au travail accompli à l’entraînement ?
      
C’est clair. Avec la Champions League, nous avons joué presque tous les trois jours. C’est de la folie ! Entre deux rencontres, on ne fait pratiquement que de la récupération. Parfois, mon sac d’entraînement, je n’y touche même pas ! C’est également très dur pour la concentration. Pour moi, c’est usant. Lorsque nous jouons un match européen, je n’ai aucune difficulté à me concentrer. Ce n’est pas la même dimension que le Championnat. Mais, trois jours plus tard, en D1, c’est vraiment très très dur de se remettre dans le bain. Il faut être fort mentalement. Heureusement, Guy Roux gère parfaitement ce problème. Dans ce domaine, c’est un expert !

D’une saison à l’autre, ton rôle a-t-il changé ?
      
Par rapport à l’an passé, la seule chose notable est que j’ai changé de zone. Avant, j’évoluais à droite. Maintenant, je me situe plutôt sur la gauche. Je suis aussi peut-être plus influent sur le jeu, parce que j’ai plus de maturité. Désormais, nous évoluons avec deux milieux défensifs et, depuis le départ de Corentin Martins, je suis le seul à orchestrer la manœuvre. J’ai davantage de responsabilités. Je m’y suis parfaitement adapté.

En venant à Auxerre, il y a quatre ans, pensais-tu vivre des choses aussi fortes ?
      
Non. Mon ambition était de prouver ma valeur, de découvrir la Coupe d’Europe. Mais, de-là à devenir champion, c’était impossible à imaginer. D’ailleurs, il y a quatre ans, personne n’y songeait à l’AJA. Au fil des saisons, nous avons acquis de l’expérience. Le groupe est resté stable. Donc, logiquement, nous nous sommes montrés de plus en plus ambitieux. Les places d’honneur à Auxerre, on connaît par cœur. La saison dernière, nous nous sommes dit : "pourquoi pas nous ?". Nous nous sommes accrochés parce que nous sentions que notre heure allai sonner.

Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes, s’il n’y avais pas eu ce dernier match de Championnat, la saison passée, contre Nantes à l’Abbé-Deschamps. Ce jour-là, tu as subi un choc. Peux-tu nous le rappeler ?
      
Je demande aux gens de se mettre à ma place. Je souffrais d’une douleur à une côte. J’étais resté chez moi. Je venais de jouer 33 matches sur 38 possibles pour mon club. J’étais le meilleur passeur du Championnat, j’avais aussi inscrit six buts… Bref, j’avais participé activement à la conquête de ce titre. Pour célébrer l’événement, avant le coup d’envoi de ce dernier match, l’entraîneur appelle tous les joueurs sur la pelouse et oublie de me citer ! Je l’ai très mal accepté.

Mais pourquoi Guy Roux a-t-il agi ainsi ?
      
La veille, il y avait eu un malentendu entre nous. J’étais en colère et refusais de venir pour cette ultime rencontre. Que pouvait-il me reprocher ? Quelques jours plus tôt, j’avais accepté de jouer la finale de la Coupe de France sans tenir compte de ma santé, pour l’intérêt de l’équipe. Je l’ai fait alors que j’étais sous infiltration pour ma côte bisée. Et là, devant un stade plein, pour un match diffusé à la télé, il m’oublie volontairement… J’avoue que j’ai pleuré devant mon écran. Tout seul, comme un gamin.

As-tu ressenti ce moment comme une cassure ?
      
Ah oui ! Ca m’a coupé les jambes. Je ne voulais même plus revenir. J’étais prêt à rentrer chez moi, là-bas, en Algérie. J’étais vraiment dégoûté. Mes deux ans de contrat avec l’AJA, je n’en avais plus rien à f… ! Bon, Guy Roux est le manager général à Auxerre qui décide de tout. C’est une chose. Mais il n’aurait pas dû avoir cette attitude envers moi. Cela ne se fait pas. D’ailleurs, les spectateurs n’ont même pas compris. (Il se calme)… Allez, c’est du passé. Oublions tout ça !

As-tu eu une explication avec lui, après cet incident ?
      
Non. Je n’ai pas cherché à comprendre. Il aura, de toute façon, toujours le dernier mot. Je garde tout ça pour moi. C’est une expérience comme une autre…

Ta décision de quitter l’AJA date-t-il de ce différend avec ton entraîneur ?
      
Non. Il ne faut pas tout mélanger. La saison dernière, je voulais déjà partir. J’avais eu des contacts notamment avec l’OM. Guy Roux n’a pas accepté, et j’ai respecté sa décision. Il gère un groupe et doit garder un équilibre. Si j’étais parti, cela lui aurait posé problème. Récemment, nous avons rediscuté de mon possible départ et, là, il m’a donné son feu vert.

Donc, quoi qu’il en soit, c’est ta dernière saison en Bourgogne ?
      
A 90 %, oui…

As-tu déjà une idée sur ta prochaine destination ?
      
Il existe trois Championnats alléchants : l’Espagne, l’Italie et l’Angleterre. A un degré moindre, l’Allemagne. J’ai quelques contacts, mais il est trop tôt pour en parler… Ce ne serait pas honnête. Pour l’instant, je ne pense qu’à Auxerre. Je donnerai le maximum de moi-même pour connaître d’autres grands moments avec ce club.

Guy Roux t’a quand même confié le brassard de capitaine à plusieurs reprises, cette saison. N’est-ce pas une preuve de confiance ?
      
C’est une belle récompense. Cela prouve que j’ai un rôle important à tenir dans le groupe. Ce geste m’a rassuré. Le coach a de la considération pour moi. C’est bien de sa part. J’espère que j’ai supplée au mieux Sabri Lamouchi, durant son absence.

Tu es arrivé à Auxerre en 1992. Qu’y as-tu appris ?
      
En Algérie, le football est amateur. Ce n’est pas le même monde. J’ai donc découvert le professionnalisme. C’est un bagage indispensable pour la suite de ma carrière. En plus, Guy Roux est un modèle. Il est dur. Trop dans doute. Il ne nous lâche pas, surveille tout. Mais il ne faut jamais oublier que c’est dans notre intérêt. Lorsque je m’occuperai de l’éducation d’enfants, je n’oublierai pas ces principes. Le sérieux est indispensable pour réussir. Sur le terrain, j’ai appris la rigueur. Tactiquement, en Algérie, tu fais ce que tu veux ! Je sais désormais ce que défendre veut dire. Pour devenir un bon joueur, il faut savoir tout faire.

Auxerre est-il un grand club ?
      
Tout y est parfaitement organisé autour de trois hommes de qualité : Guy Roux, Jean-Claude Hamel et Gérard Bourgoin. Il y a une grande complicité entre les trois, parce qu’ils travaillent ensemble depuis des années. L’AJA est un club riche, qui gagne de l’argent. Donc, c’est un grand club.

Rien n’a été simple pour toi lors de la première saison, en 1992-1993…
      
J’ai attendu un an sur le banc de touche ! J’ai vécu des moments pénibles, mais je reconnais que ce fut utile. J’étais dégoûté. J’arrivais de la JS Kabylie où j’étais titulaire et international. Et à Auxerre, je débarque pour me retrouver en D3 ! Mais je devais être patient. Guy Roux avait été franc avec moi : il ne m’avait pas caché que la première saison serait une année d’adaptation. Qu’il ne comptait pas sur moi dans l’immédiat. Ensuite, Daniel Dutuel est parti à Marseille. Il fallait alors que je prouve ma valeur pour lui succéder. Ensuite, tout s’est enchaîné favorablement.

Avais-tu la nostalgie de ton pays au début ?
   
   Absolument. D’autant que j’étais seul. Chez moi, en Algérie, j’avais l’habitude d’être en famille. Il m’a fallu un bon temps d’adaptation avant de trouver mes marques, de me faire des amis… Je n’ai pas un caractère très expansif. Du coup, les gens ne viennent pas facilement vers moi.

As-tu failli partir ?
      
Je me posais des questions mais Guy Roux est venu chez moi, à la fin de la première année. Il m’a dit : "maintenant, à ton tour de jouer !" Il m’a donné la force de ma battre de nouveau.

Sur le terrain, ressens-tu la même chose lorsque tu marques et lorsque tu fais marquer ?
      
C’est comparable. Je suis à la disposition d’un collectif. Si je marque, je pense beaucoup à celui qui m’a fait marquer. Et inversement. Sur un but, on est toujours lié à ses partenaires. L’exploit isolé est plutôt rare. Même si c’est toujours un plaisir particulier d’inscrire un but…

Tu es l’un des meilleurs passeurs du Championnat. Est-ce que cela te demande un travail particulier à l’entraînement ?
      
Non, c’est naturel. C’est un instinct. Mais, là encore, on n’est rien si ses coéquipiers de l’attaque n’exploitent pas les bons ballons devant. C’est évidemment un travail collectif.

Tu t’accordes combien de temps au plus haut niveau ?
      
Encore six-sept ans… Si mes jambes sont assez solides pour me porter jusque-là ! Ensuite, je retournerai en Algérie. Mon désir est d’aider les jeunes de dix-douze ans, sans licence, à découvrir les vraies bases du football. Je souhaite leur montrer ce que j’ai appris ici dans le domaine professionnel. Mon but est de devenir entraîneur. Sans pour autant être à la tête d’une grande équipe. Je veux m’investir dans la formation.

Tu veux être un précurseur en Algérie, dans ce domaine ?
      
C’est vrai. Là-bas, il n’y a pratiquement pas de structures, peu de moyens. Je veux offrir ça aux gamins. J’aimerais aboutir à ce projet au sein de mon ancien club, la JS Kabylie.

Enfant, c’est quelque chose qui t’a manqué ?
      
Evidemment. J’ai découvert le football dans la rue. C’est une bonne école, mais tu n’apprends pas les gestes essentiels. Seuls tes dons naturels te permettent de progresser. Si tu es doué, tu es détecté par hasard. C’est le bouche à oreille qui te permet d’attirer les recruteurs. J’ai signé ma première licence à douze ans.

Tu es issu d’une famille nombreuse…
      
Je suis l’aîné d’une famille de neuf enfants. J’ai cinq frères et trois sœurs. Mon père est décédé l’an passé, donc je suis devenu le chef de famille. Ma mère a été très courageuse. Elle a bossé toute sa vie. Je lui dois beaucoup. J’essaie de lui rendre aujourd’hui ce qu’elle m’a apporté lorsque j’étais gamin. Mes proches passent avant tout.

Au niveau de tes frères, il y a d’autres footballeurs ?
      
Ah oui ! J’ai un petit frère de seize ans, Ramzi, qui joue au même poste que moi. Il est international Cadets et joue à la JS Kabylie. Il semble sur la voie de son frère. Mes amis me disent qu’il est même plus fort que moi ! Il a un avantage sur moi : ma mère le laisse jouer. Quand je faisais des essais dans des clubs, elle ne voulait pas que je m’y rende. Elle souhaitait que je privilégie mes études. J’ai poussé jusqu’au bac… sans l’obtenir. Maintenant que je suis Pro, elle l’encourage parce qu’elle s’est rendu compte qu’on pouvait réussir dans le football.

Tu es un pilier de la sélection algérienne ?
      
J’y ai débuté en 1988. Avec elle, j’ai remporté la CAN 1990. C’est un superbe souvenir. J’avais 21 ans. Pour l’anecdote, j’avais été suspendu toute l’année, pour une sombre histoire de double licence signée entre Tiaret et Tizi-Ouzou. Je ne jouais que les rencontres internationales. Je n’avais absolument pas disputé le Championnat. Et, lors de cette Coupe d’Afrique, j’ai disputé les cinq parties de l’Algérie, sans avoir de matches dans les jambes. En plus, c’était le premier titre pour l’Algérie. J’étais peut-être trop jeune pour apprécier vraiment…

Comment expliques-tu les problèmes de la sélection aujourd’hui ?
      
Nous ne bénéficions d’aucun staff technique de qualité. La matière première existe : nous possédons d’excellents joueurs. Mais c’est le bazar autour. Il n’y a pas d’entraîneurs, c’est la valse des présidents ! Il n’y a aucun suivi, aucune stabilité… C’est du bricolage, incompatible avec le haut niveau. C’est une plaie. Je n’y comprends plus rien.

L’Algérie est déjà hors course pour le Mondial 98. Comment ressens-tu cet échec prématuré ?
      
Comme une catastrophe. J’étais abattu. En plus, une Coupe du monde en France. C’était un rêve. Ca va être un manque terrible…

Es-tu sensible à la difficile situation politique de ton pays ?
      
Je préfère mettre une croix sur ce sujet et ne pas en parler…

Es-tu croyant ?
      
Je suis même pratiquant…

Selon toi, la religion doit-elle avoir certaines limites ?
      
La religion musulmane respecte tout le monde. Personnellement, je m’impose mes propres limites par rapport à Dieu. Je prie pour moi, pas pour X ou Y.

Te sens-tu privilégié par rapport à nombre de tes compatriotes ?
      
Pas seulement par rapport à mes compatriotes. Je pense aux gens victimes du chômage, de la maladie… Je ne veux pas oublier ces personnes. Un peu d’humilité.

Tu paris quelqu’un de très calme. Qu’est-ce qui, dans la vie, pourrait te faire sortir de tes gonds ?
      
Pour m’énerver, il en faut beaucoup ! Je ne montre jamais ma colère. Cela ne sert à rien. Je garde tout pour moi. Je ne peux pas m’extérioriser sur le coup. Quand quelque chose dégénère, je préfère m’en aller… La colère n’est jamais bonne conseillère. Dans ces moments-là, on n’est plus soi-même. On est capable de toutes les bêtises…

Sur un terrain, après un méchant tacle, comment réagis-tu ?
      
Je ne dis jamais rien. Mais on n’est à l’abri de rien. J’espère simplement que cela ne m’arrivera jamais.

A ce propos, quelle est ta réaction vis-à-vis du geste de George Weah à l’encontre de Jorge Costa ?
      
Il est bien évident que George a dû être harcelé tout le match pour réagir de la sorte. Ce n’est pas dans sa nature de frapper quelqu’un. Quand tu reçois un, deux puis trois coups, tu peux céder à la violence. Mais je ne peux pas juger, je n’ai pas assisté à l’incident. Cela m’était arrivé en Algérie. Un joueur m’avait provoqué, mais j’avais évité l’affrontement direct. En fait, je n’avais pas adressé la parole à mon agresseur. A mon avis, la meilleure gifle est d’ignorer l’autre.

Adoptes-tu le même comportement à Auxerre et en Algérie ?
      
Pas du tout. Quand je retourne là-bas, je m’adapte aux traditions algériennes. Lorsque je reviens ici, c’est tout à fait différent. La culture n’est pas la même.

Lorsque tu es arrivé en France, qu’est-ce qui t’a le plus surpris ?
      
La mentalité des gens. Je découvrais un autre monde. L’Européen est quelqu’un de froid. Chacun vit pour soi. Au fil du temps, j’ai compris beaucoup de choses. Ce qui m’a le plus troublé, c’est que tu ne peux pas te rendre chez un copain sans le prévenir. En Algérie, cette attitude est inconcevable. On débarque chez les gens à l’improviste et c’est la fête ! Mais ici, même avec un excellent pote, si tu fais ça, tu passes pour un dingue !

A l’occasion des traditionnels vœux de fin d’année, que peut-on te souhaiter pour 1997 ?
      
Réussir mon transfert à la fin de la saison !


Histoire de l'A.J. Auxerre    http://www.histoaja.free.fr