Le milieu auxerrois na pas toujours eu la vie belle. Issu dune famille
nombreuse, dans une cité dOullins, il a préféré le foot aux études. Et il va
saisir la chance de sa vie, quand il choisit le CASCOL, qui évolue en DHR. Après ?
Direction Alès
Ambiance de banlieue. Une cité bétonnée aux
immeubles encadrant un terrain de sport à la pelouse râpée. "Tous les soirs après
lécole, à La Duchère dans notre cité de "la Sauvegarde", on refaisait
la Coupe du monde ou la Coupe dEurope. A chacun son équipe favorite
(lAllemagne, le Brésil, la France, lArgentine, la Hollande, Barcelone, le
Real Madrid). A chacun son joueur fétiche (Platini, Van Basten, Valdo
). Les 4-4, ou
les matches "suisse" (un contre un avec un gardien) nen finissaient
pas." Sabri a 16 ans, il a toujours été élevé dans la banlieue lyonnaise. A Vaise
tout dabord, jusquà lâge de 4 ans puis à Oullins, un quartier
réputé difficile dans la région.
Il vit à "la Sauvegarde" dans un
appartement, chez ses parents. Mohamed, le papa employé aux Messageries lyonnaises de
presse ; Yaminala, la maman qui fait des ménages ou garde des enfants et ses quatre
surs Ouahida, Aoussafe, Nadia et Amel, âgée aujourdhui de 23, 20, 15 et 13
ans. Quelle famille ! "Cétait génial. Je ne faisais jamais la
vaisselle", rigole Sabri. Né en France, mais dorigine tunisienne, il est
heureux chez lui. "La famille Lamouchi est extraordinaire, confirme Jean-Paul Ancian,
grand ami de Sabri et lun de ses entraîneurs de lépoque. Il a longtemps
vécu dans le cocon familial et montrait un équilibre incroyable et une maturité
impressionnante pour un gamin de son âge. Avec lui, on avait déjà des discussions de
personnes âgées."
Côté humain, tout semble marcher. Et côté
foot ? Depuis lâge de 6 ans, il joue à lAS Duchère. En Minimes 2, en
84/85, il a dû sexiler au Club Athlétique Sportif des Cheminots dOullins et
de Lyon. Pourquoi ? Explication de lintéressé : "Cest simple,
nous nétions plus que trois joueurs pour former léquipe. Alors, je suis
parti." Le CASCOL, cest le deuxième plus grand club omnisports de la région,
après lOlympique Lyonnais. On y pratique tous les sports, du foot au judo, en
passant par le tennis, la gymnastique et même la pétanque ! De la section foot sont
sortis les Nantais Ferri et Chanelet, le Montpelliérain Blanc ou encore
lex-Auxerrois Garande. "Jy ai franchi tous les échelons et joué à tous
les postes, explique Sabri. Arrière gauche en Pupilles, je suis passé milieu défensif
en Minimes et jai fini avant-centre en Cadets nationaux." Cétait en
86/87. Sabri, à 15 ans, va vivre un moment important de sa jeune carrière. Jean-Paul
Anclan, reprend : "Il allait passer Juniors 1 en 87, quand je lai
remarqué, lors dun match de Cadets nationaux. Jai flasché sur lui au bout de
trois minutes de jeu. Sur le terrain, il possédait une vision du jeu formidable et une
bonne approche technique. En dehors, il était apprécié de tous. Il savait écouter
puis, parler sans sénerver. Physiquement, en revanche, il était juste. Grand et
frêle, on lappelait "Mouche".
Nous sommes en juin 87. Le coach de léquipe
première du CASCOL (et responsable de la section foot), qui évolue en DHR, le veut dans
son équipe. "Sabri ne savait que faire, reprend monsieur Ancian. Mois je ne voulais
pas voir un tel talent partir ailleurs. Je lui ai dit que je le prenais pour jouer avec
les Seniors en le surclassant. Dans le même temps, lAS Duchère voulait absolument
le récupérer
" Par nimporte quel moyen ? "Comme leur club
était à un quart dheure de chez les Lamouchi, ils lui ont proposé, comme prime à
la signature en Juniors 1, une Mobylette !" Sabri restera finalement au CASCOL.
Bien lui en a pris. Il va vivre la plus belle
saison de sa jeune carrière : "Jétais à un âge où tous les jeunes
partaient dans des centres de formation, reprend Sabri. Mais je ne me sentais pas mûr. Je
voulais encore profiter de ma famille et jouer en Seniors à Oullins. Cest pourquoi
je suis rester." Au contact de Jean-Paul Ancian, il va séclater durant la
saison 87/88. Sa dernière au club. En juin 88, à presque 17 ans, il sent que son poulain
est prêt. Les contacts affluent. Sabri est suivi de près par Metz en D1, Lyon, Alès et
Dijon en D2. Très vite, Metz et Dijon, puis Lyon se sont lassés. Seul Alès, avec
Léonce Lavagne (entraîneur de la D2) et Pierre Barlaguet (responsable de la formation)
le veulent à tout prix. "Tous sest encore passé très vite, explique
linternational. Lors dun stage de quinze jours, les dirigeants se sont
décidé au bout de trois jours ! Et jai signé. Cétait la chance de ma
vie. Car lécole : les rédactions, les poésies à apprendre, les révisions,
les examens, tu mas compris
Je ne pensais quau foot." Cette chance,
à Alès, dans un contexte favorable, tranquillement, Sabri va la saisir. Sa carrière est
lancée. Sans le savoir "La Sauvegarde" a accouché dune star, un futur
membre de léquipe de France. |
 |