Pilier de lAJ Auxerre qui se déplace dimanche à Lyon et de
léquipe de France Espoirs, avec Djibril Cissé, ce meneur de jeu au toucher de
balle exceptionnel est une des révélations de la saison. De la Côte dIvoire à la
Bourgogne, en passant par la région parisienne, itinéraire dun surdoué.
Pour les journalistes
adeptes des jeux de mots croustillants, son nom se déguste comme du pain bénit. Depuis
ses débuts dans le milieu pro, le 26 février 1999, lors dun Auxerre-Lens, Olivier
sest habitué à voir son patronyme accommodé à toutes les sauces, version
automobile, bien entendu : "Auxerre en a sous le Kapo", "Kapo, le
moteur libéré", ou bien encore "Kapo a du coffre", tels sont,
pêle-mêle, les titres quils a pu lire à droite et à gauche
A force, ces expressions faciles, glissées dans un
papier ou dans un compte-rendu, pourraient lirriter, mais lui sen moque. Avec
le temps, le milieu auxerrois a appris à ne plus y prêter attention, prenant ces
détournements de langage avec le sourire. "Je ny fais plus gaffe, rigole-t-il.
Ce genre de choses me suis depuis le centre de formation. Quand jétais en moins de
15 ans, jentraînais les gamins de lAJA, le mercredi après-midi. Tous
mappelaient "Kapote" pour me titiller. Cétait des gosses, et ça me
faisait rire. Ca durait cinq minutes et, après, cétait fini."
La même trajectoire que Boli
Olivier, à juste
raison, est fier de son nom et de ses origines ivoriennes. Pour les besoins de la cause,
il se fend toutefois dune nouvelle explication sur son patronyme, souvent utilisé
avec des rallonges à ses débuts. "Au départ, les gens mappelaient
Olivier-Narcisse Kapo-Obou, précise ce natif dAbidjan. En fait, mon vrai nom est
Kapo et mon premier prénom Olivier. Narcidde et Obou sont seulement les prénoms de
certains de mes oncles. Ils mont été donnés à ma naissance par mes parents,
comme cela se fait souvent en Afrique, pour rendre hommage à mes aînés. Alors, dans vos
articles, appelez-moi simplement Olivier Kapo. Après, si vous voulez faire du style,
cest votre affaire !"
Origines black à part, Olivier perpétue à
lAJA la tradition des talents venus de Côte dIvoire, que Guy Roux a su
attirer très tôt dans sa pépinière. Avant lui, il y a eu Didier Otokoré et, surtout,
Basile Boli, le grand frère de toute une génération ivoirienne, qui a su faire une
belle publicité pour lAJA à travers tout le continent. Hormis leur poste sur le
terrain, Olivier et Basile (mais aussi Roger Boli) ont emprunté des parcours identiques.
Tout comme lancien défenseur, lactuel milieu offensif est donc né à
Abidjan, il y a vingt et un ans. Tout comme lui, il a rejoint la France sur le tard, à
lâge de dix ans. Et tout comme Basile, il sest installé en région
parisienne après avoir tapé dans ses premiers ballons à lombre de lASEC ou
de lAfrica Sport, les deux clubs phares dAbidjan.
Si le premier sétait posé du côté de
Romainville, Olivier, sa mère, ses frères et ses surs ont rejoint Choisy-le-Roi,
où vivait une tante, jumelle de la mère de famille. Dailleurs, dès quil a
un moment aujourdhui, lAuxerrois dadoption rejoint sa famille pour un
dimanche au bercail, à Yerres (Essonne), dans le beau pavillon quil lui a offert
avec ses premières primes de match.
Cest en effet dans la grand banlieue parisienne
que tout a commencé pour lui. Fils dun ancien international ivoirien, Georges Kapo,
et dune sextuple championne de Côte dIvoire du 400 mètres (de 1963 à 1969),
Awa Cherif. Olivier était prédestiné à un de ces deux sports. Suivant lexemple
des autres enfants de sa cité, il bascule dans le foot dès son arrivée en France, en
signant sa première licence de pupilles à Choisy-le-Roi, un club alors entraîné chez
les seniors par Dominique Bathenay. Retenu en équipe minimes du Val-de-Marne, Olivier ne
pourra malheureusement pas honorer cette convocation. De nationalité ivoirienne à
lépoque, il ne peut être sélectionné.
Alors pour chasser cette déception, il se décide à
envoyer quelques candidatures spontanées afin de postuler à lentrée dans un
centre de formation. Le gamin na que treize ans, mais déjà pas mal
dambitions et beaucoup de débrouillardise. "Jai écrit à trois
clubs : Auxerre, Bordeaux et Monaco", se souvient Olivier, qui deviendra
français à sa majorité et connaîtra sa première sélection avec les 18 ans tricolores
de Jean-François Jodar. "Pour Bordeaux, jattends encore la réponse, alors que
Monaco ma dit que son effectif était déjà complet. Seule lAJA ma
répondu. Je men souviens comme si cétait hier. Nous étions environ
quatre-vingts pour cette détection et nous avons été que deux sélectionnés au final.
Cependant, il y avait un problème par rapport à mon âge. Nayant que treize ans,
étant en troisième au collège, je ne pouvais pas intégrer directement le centre de
formation. Alors, jai passé des tests avec les plus grands et on ma mis en
classe de foot-études pour patienter. Jai attendu lannée suivante pour
entrer au centre."
Un passeur de première pour son copain "Djib"
Cest à ce
moment que la grande aventure commence pour Olivier, que les premiers titres tombent. Avec
les Vandenbossche, Marin, Siriex ou Virlogeux, partenaires de formation qui deviendront
professionnels comme lui, Kapo est sacré champion de France des moins de 15 ans contre
Toulouse FC, qui compte dans ses rangs Philippe Mexès, lun de ses futurs
partenaires auxerrois. Cest à cette époque aussi que naît une grande amitié avec
un petit nouveau qui deviendra par la suite son complice à la ville comme sur les
terrains : Djibril Cissé. "Ca, cétait à la rentrée 1996", se
rappelle Olivier, qui découvrira vite, au fil des discussions avec son nouveau copain de
chambre, que celui-ci est un cousin lointain
"Daniel Rolland est venu me voir en me disant
quil y avait un Ivoirien qui arrivait de Nîmes et que ce serait bien si je pouvais
laider à sintégrer. Entre nous, le courant est rapidement passé. On
sest mis à délirer ensemble, on mettait un de ces bordels dans la chambre !
Aujourdhui encore, on se téléphone trois ou quatre fois par jour après les
entraînements, et il nous arrive de regarder des filmes ensemble, des cassettes
africaines, comme les Guignols dAbidjan, notre préférée. Tout de suite, nous
avons été comme des frères car nous avons la même culture et le même sang africain
dans nos veines. La seule différence, cest que "Djib" est plus extraverti
et moi davantage introverti. En tout cas, pour ceux qui ne me connaissent pas
bien
"
Sur les pelouses, force est de constater que les deux
compères sentendent comme des bidasses en folie. Cette complicité nest
dailleurs pas sans rappeler le duo messin que constituaient Pires et Pouget, alors
surnommés les "PP flingueurs". Eux, cest plutôt la paire "CK",
à ne pas confondre avec Calvin Klein pour ces deux férus de mode. Les statistiques sont
là pour souligner cette entente plus que cordiale. Meilleur passeur du championnat avec
cinq offrandes, Olivier en a délivré trois à lattention de Djibril, face à
Rennes (deux fois) et contre Sedan, sans compter celles données avec les Espoirs, dont la
dernière remonte au barrage des Championnats dEurope contre la Roumaine (4-0), la
semaine dernière à Brest.
"Avec le temps, puisque nous jouons ensemble
depuis lâge de seize ans, nous avons appris à nous entendre, explique Olivier. Je
connais ses appels par cur et le relation est devenue quasi instinctive. Je sais où
Djib veut le ballon, mais je ne vous le dirai pas, sinon Guy Roux risque de
mengueuler ! Nous navons cependant trouvé notre véritable rendement en
D1 que depuis cette saison, avec le retour du coach aux commandes. Grâce au recul
quil a pris pendant une saison, il a eu lintelligence de rétablir
lordre, mais surtout de changer notre système de jeu et de remettre certains
joueurs à leur vraie place. Il a vu que Fadiga nétait pas un ailier gauche mais
bien un milieu gauche. Il a placé Tainio bien en milieu défensif, et moi, il ma
remis derrière Djibril. Ces modifications, conjuguées au retour de Lachuer, qui a été
décisif, ont changé le visage de léquipe mais également lambiance dans le
groupe. Aujourdhui, notre vestiaire vit, rigole, ce qui explique aussi nos bons
résultats. Il ny a pas de clans. Les Blacks, les jeunes et les anciens, on prend
tous du plaisir et on se défonce les uns pour les autres. Ce qui nétait pas
toujours le cas lannée passée, où quelques anciens mettaient trop de pression sur
lentraîneur."
Relancé par Guy Roux
Sans quil soit
nommé directement, on reconnaîtra derrière cette formule lombre de Stéphane
Guivarch. Si le champion du monde est parti de lAJA à lintersaison, ce
nétait pas seulement une question dopportunité, mais un chois de la part de
Guy Roux. Ce dernier na pas voulu brider plus longtemps le duo Kapo-Cissé avec la
pression de cet "ancien", que Rolland était souvent obligé de faire jouer pour
des questions de statut tant sportif que financier.
Bien quil ait disputé 29 matches la saison
dernière en D1, Olivier ne sest pas tellement éclaté, au contraire de cette
saison, où il se régale. "Lannée passée, je nétais pas bien dans ma
tête", avoue le grand milieu offensif à la patte gauche exceptionnelle, sous
contrat jusquen 2004 avec lAJA, et sur qui lorgnent déjà Arsenal et le PSG.
"Ce nétait pas à cause de M. Rolland,
pour lequel jai beaucoup de respect car il ma formé, mais à cause de
lambiance générale. Elle nétait pas bonne. Cest pour ces raisons que
jai eu des périodes de doute et que je songeais parfois à partir. Heureusement
quil y avait léquipe de France Espoirs pour me maintenir la tête hors de
leau ! Désormais, tout est rentré dans lordre. Les anciens, comme Yann
(Lachuer), Fabien (Cool) ou Khalilou (Fadiga), nous montrent la voie et nous donnent envie
de bosser. LAJA est redevenue une famille et, si lambiance reste telle quelle,
on peut faire de grandes choses."
A commencer par battre Lyon, dimanche, et se
dévoiler ainsi comme un véritable outsider pour le titre. |
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